[Culture] La fable de Jean de la Fontaine sur le castor

 
La fable de la Fontaine sur le castor est aussi admirable d'observation, d'analyse et d'ironie que, malheureusement, méconnue. Il y décrit justement les barrages de castors, faits de bois et de mortier - et non pas uniquement de bois comme beaucoup le croient encore aujourd'hui - et d'une grande solidité. Déjà, il aborde intuitivement le rôle des ces constructions pour la régulation des crues, de ces ouvrages "qui des torrents grossis arrêtent le ravage", ce qui ne fut confirmé scientifiquement que vers le fin du XXième siècle.

Avec un esprit caustique, il parle d'une contrée "non loin du nord" - était-ce la Belgique? - où les habitants sont des ignares. Mais les humains seulement, précise-t-il! "Car, quant aux animaux ..."  Jean de la Fontaine oppose de façon savoureuse l'intelligence et le labeur des castors à la bêtise de nos pareils qui ont beau le voir, le barrage de castors, "jusqu'à présent tout leur savoir est de passer l'onde à la nage."

Livre IX - Discours à Madame de la Sablière

Non loin du Nord il est un monde
Où l'on sait que les habitants
Vivent ainsi qu'aux premiers temps
Dans une ignorance profonde.

Je parle des humains; car quant aux animaux,
Ils y construisent des travaux
Qui des torrents grossis arrêtent le ravage
Et font communiquer l'un et l'autre rivage.

L'édifice résiste et dure en son entier;
Après un lit de bois est un lit de mortier.
Chaque castor agit; commune en est la tâche;
Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche.

Maint maître d'oeuvre y court, et tient haut le bâton
La république de Platon
Ne serait rien que l'apprentie
De cette famille amphibie.

Ils savent en hiver élever leurs maisons,
Passent les étangs sur des ponts,
Fruit de leur art, savant ouvrage;
Et nos pareils ont beau le voir,

Jusqu'à présent tout leur savoir
Est de passer l'onde à la nage.
Que ces castors ne soient qu'un corps vide d'esprit,
Jamais on ne pourra m'obliger à le croire.


Remarque: aujourd'hui, ayant pris bonne leçon des Fables de la Fontaine, les habitants du Nord (par rapport à Paris, càd les belges) sont devenus plus malins. Quand un castor a abattu un arbre au travers de la rivière, le belge sait l'emprunter, ce qui l'évite de devoir "passer l'onde à la nage".

Ci-dessous, un habitant du Nord exerçant son intelligence (très limitée) sur l'Hermeton.
Le castor a réalisé un pont sur la rivière avec un arbre. L'indigène emprunte le "pont" au lieu de traverser en nageant.